Why do you travel

La dernière fois que j’ai été à Paris, j’ai partagé ma chambre d’auberge de jeunesse avec trois hommes. Ben, ça arrive. Entre eux, il y avait un garçon coréen (du sud, il m’a précisé) qui voyageait en Europe pour la première fois. En pyjama et juste avant d’éteindre la lumière, il m’a annoncé avec sérieux qu’il avait une question pour moi, une qu’il avait décidé de poser à tous ceux avec qui il aurait l’occasion de bavarder pendant son périple européen. Maintenant, moi, j’ai entendu quelques-unes des questions que les gens tout juste rencontrés te posent après ce genre d’énoncé, et ce n’est généralement pas facile à prévoir – ça peut être « je sais que c’est très embarrassant, mais vous avez quel âge? » comme un très aimablement demandé « est-ce que je peux coucher avec toi? ». Mais, lui, il a réussi à me prendre au dépourvu avec un tout simple « why do you travel? ». Oui, pourquoi, au juste?

J’aurais pu répondre que j’adore passer mes journées en plein air mais que, pour des raisons très banales (genre, je dois travailler), chez moi je ne le fais que très rarement. Que j’aime découvrir des nouvelles cultures, des choses que je n’ai jamais vues auparavant, rencontrer des nouvelles personnes et que j’essaye d’élargir ma vision du monde. Que j’ai une très mauvaise mémoire et je ne me rappelle jamais où sont certains Pays, mais une fois que j’ai vécu quelque chose sur ma peau, elle y reste gravée pour toujours. Ou bien, j’aurais pu dire que je veux vérifier par moi-même si mon prof d’anglais du lycée avait raison et personne ne pourra jamais comprendre ma prononciation désastreuse. Je n’aurais pas menti. Mais surtout et de façon plus égocentrique, c’est que j’ai une meilleure perspective sur moi-même en me regardant dans les expériences, les découvertes et les relations que je lie plutôt que dans les miroirs de mon appartement. Ce que je vois réfléchi dans les yeux de mes rencontres, dans les montagnes et dans les océans, ce sont en premier lieu toute ma chance et toute ma responsabilité envers le monde et les autres. Mais aussi, et c’en est tellement grisant, la force et la capacité d’aimer et être aimée que dans mon quotidien j’oublie souvent d’avoir.