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Fatiguée juste à l’idée d’emballer tous mes livres, je regarde les clés de mon nouvel appartement, que je viens tout juste de recevoir. Cet appartement va être le septième endroit où j’ai habité depuis que je suis partie de chez mes parents après le lycée, au début de 2007. Il est meublé, ce qui convient certainement à ma bougeotte, et surtout à mon budget. Cependant, très mal à l’aise à l’idée d’avoir encore une fois l’impression d’habiter chez quelqu’un d’autre, j’ai demandé à que au moins les accessoires, qui pourraient pourtant m’être utiles, soient enlevés. Je me suis demandée si je ne suis pas devenue trop snob et difficile, au final. Mais en réfléchissant aux logements que j’ai eu pendant ces dernières années et aux expériences annexes, j’ai compris que le sujet n’est pas aussi anodin qu’il pourrait sembler.

J’ai été fille au pair pendant un moment, et j’ai partagé la chambre d’un des enfants que je gardais, âgé à l’époque de six ans. C’était dans la banlieue de Paris, et je m’y étais rendue en train, avec trois valises bondées dans lesquelles j’avais mis pratiquement tout ce que je possédais. Comme tant d’autres, à dix-neuf ans je ne souhaitais que partir et affirmer mon indépendance, peu importe le prix. Ensuite, j’ai habité en compagnie d’une fille qui se prostituait (parfois dans la salle de bain en commun) et d’un voyou collant dans une maison où les portes ne fermaient pas à clé et dans une ambiance malsaine et affolante, d’où je me suis littéralement enfuie à la première occasion. Pas avant d’avoir eu l’occasion de rentrer après un weekend et trouver tous mes affaires par terre et quelqu’un qui dormait dans mon lit, de toute façon. Puis j’ai vécu dans 9,5 mètres carrés dans un bâtiment du Paris intra-muros pendant presque trois ans. J’ai partagé les toilettes sur le palier, habité au 6ème étage sans ascenseur, j’ai été réveillé en pleine nuit par mon voisin qui criait des centaines de fois. J’ai eu mes cadeaux d’anniversaire volés directement de la boîte à lettres et je me suis passée d’internet, du four et d’un vrai lit. Il y a un an et demi, j’ai repris temporairement l’appartement d’une autre fille, le temps de son tour du monde…

Bref. Au fil des années, j’ai compris que même les personnes qui bougent beaucoup, ou d’autant plus celles-ci, éprouvent le besoin d’avoir un endroit qui soit vraiment ‘la maison’. Je ne parle pas ici du sens d’appartenance à un endroit géographique, qui est encore autre chose, mais vraiment d’un toit à soi sur la tête, d’un refuge rassurant. Et pourtant, mes expériences relèvent toutes des choix que j’ai faits, et que d’ailleurs je ne regrette pas. Je peux en parler comme d’anecdotes divertissantes, de galères qui n’ont quand même rien du drame. Sans aller trop loin, je pense aux personnes qu’ici en Europe perdent leur travail et ne sont rapidement plus en mesure de payer un loyer. J’en ai rencontrées moi-même, toujours en éprouvant une sorte de honte. Comment on peut supporter ça? Pourquoi on doit supporter ça? Ceux qui disent que l’argent ne fait pas le bonheur devraient remanier un peu leur phrase.