Zones de confort

Pourquoi je dois toujours me compliquer la vie? C’est ça que je me demande en me maudissant, assise sur mon lit dans une sobre chambre de motel à Berne, en attente des examens que je redoute depuis des mois. Et que, bien sûr, j’ai choisi de faire toute seule, sans aucune contrainte ni réelle nécessité. J’ai pensé la même chose il y a deux mois, dans une salle de concerts bondée de Londres, en regardant le câble XLR que je ne savais pas où il fallait brancher. Et il y a deux ans, à un entretien de travail où j’ai été insultée pour la seule raison d’être une fille.

En considérant l’étrange profession que j’ai choisie, je ne peux certainement pas me plaindre; je suis indépendante depuis des années, j’ai un poste de travail qui me maintien et que j’aime malgré ses inévitables défauts. J’y mets toute ma passion, et j’ai trouvé une sorte de famille agrandie dans mes collègues. Soyons honnêtes: de nos jours, c’est déjà la chance, avoir un poste de travail correctement payé. Qu’il soit en ligne avec nos passions, c’est vraiment un plus. J’essaie de bien le garder à l’esprit, tout ça, tous les jours.

Pourtant, je suis apparemment complètement incapable de rester tranquille dans ma zone de confort; ce lieu agréable où je sais ce que je dois faire, ce qu’on s’attend de moi et comment réagir face aux problèmes. Je m’inscris à des cours, je me pose des défis, je sillonne l’Europe en essayant de m’améliorer et de progresser professionnellement. ça s’appelle peut être ambition, je la vis plutôt comme passion. Et, oui, ça fait mal. Ce n’est pas simple, de toujours se remettre en question, de découvrir qu’on n’est pas (encore) à la hauteur, de faire face aux inévitables échecs et savoir qu’on ne finira jamais, avec l’apprentissage. Donc, pourquoi je le fais? Parce que je déteste les regrets, et je trouve qu’ils font beaucoup plus mal que les échecs. Parce que c’est trop beau, de découvrir que le monde ne s’arrête pas là où on est, et qu’il y a toujours des gens passionnés quelque part. Parce que rencontrer ces gens me fait chaud au coeur. Parce que j’ai plein de défauts, mais je ne veux pas qu’on puisse m’appeler lâche. Et parce que progresser, et le faire avec mes propres forces, me fait devenir une personne plus complète. Donc, je continuerai de me maudire face aux difficultés, c’est certain. Mais après, je trouverai que ça en valait la peine et je recommencerai.