The big Buddha is upstairs (Cinq semaines au Japon) – Tokyo et Nagoya

Pour mes 25 ans, je me suis offerte un cadeau géant : cinq semaines de voyage en solo au Japon. C’était la première fois que je partais seule en dehors de l’Europe, et j’attendais cette expérience depuis longtemps. Je ne possède pas d’ordinateur portable et, étant donné qu’il n’allait pas marcher au Japon, j’ai laissé mon téléphone à la maison, histoire de boucler l’affaire (par contre, j’ai des priorités très pratiques concernant les choses irrenonçables à amener en voyage… la tarée qui a traversé moitié Japon avec le sac à dos bondé de livres, c’était moi!). J’ai bien fait. Le Japon s’est avéré un Pays génial où découvrir ce que cela signifie, de partir seule et d’oublier pendant un moment la vie du quotidien (bien que je l’aime, mon quotidien!). J’avais cru que ça revenait à avoir peur d’être perdue ou d’essayer certaines choses et se rendre dans certains endroits parce que on n’a pas le courage, seul. Mais en fait, rien de tel, c’est plutôt avoir envie de télétransporter un ami pour qu’il puisse partager ton enthousiasme face à un endroit nouveau ou ton émotion après avoir réçu le premier cadeau par un japonais. Et surtout, c’est découvrir la personne qu’on est quand on se rapporte aux autres en oubliant la peur d’être jugé, parce que on n’a pas le choix.

Maintenant que je suis rentrée, les gens me demandent : « c’était comment? ». Moi, en réponse, j’ai juste envie de leur dire « intense ».

La mer fermée du Japon vue par Manabe-shima

J’ai commencé mon itinéraire par une bonne semaine passée à Tokyo. J’ai logé dans un très beau ryokan dans le quartier de Nezu, et découvert pour la première fois les habitudes qui m’ont ensuite accompagnée tout au long du voyage : les pantoufles (on en a une paire pour les toilettes et une paire pour le reste de la maison; sauf pour les chambres avec les tatami : ici, on ne porte pas de pantoufles), le futon (ça parait impossible, on finit par aimer ça! Ou, peut être, après 10 ou 12 chilometrès à pied tous les jours on dormirait n’importe où) et le bain japonais. Au sujet de ce dernier, sachez que j’ ai adoré, alors que je déteste prendre des bains chez moi et je n’ai jamais utilisé la baignoire de ma salle de bain à la maison. Essentiellement, on se lave (et très bien, chose que j’ai eu l’occasion de remarquer au bain public…oui, j’ai regardé comme faisaient les autres pour ne pas me tromper!!) avant de rentrer dans une grande baignoire -à l’origine en céramique ou bois, maintenant souvent en plastique- et rester assis à se relaxer jusqu’au moment où on a trop chaud. Le fait de se laver avant permet de partager l’eau de la baignoire et (faut avouer!!) d’éviter de se baigner dans « un bouillon de saleté et de savon », comme le décrit ce génie de Fosco Maraini dans son ‘Ore giapponesi’. Une fois sorti de l’eau, on peut enfiler le yukata, une sorte de kimono léger en coton qui peut être porté même dans les salles en commun du ryokan et qui est très pratique (en l’attachant, il faut se souvenir de croiser le côté gauche sur le droit et pas l’envers). Plus tard, dans le ryokan où j’ai logé à Kyoto, j’en ai même reçu un en cadeau! (Petite parenthèse : tout au long de mon voyage, j’ai reçu plein de petits cadeaux qui m’ont été offerts par les personnes que j’ai rencontrées. Souvent des bonbons ou des gâteaux, comme apparemment -c’est ce qu’on m’a dit- je fais environ 16 ans aux yeux des japonais)

Le bain en céramique au Sawanoya ryokan donne sur un petit jardin

À Tokyo on découvre que la ville correspond assez bien à l’idée qu’un occidental s’en fait en lisant des manga ou en regardant des films. La mode des jeunes est drôle et excentrique; la foule de ‘salary man’ en chemise blanche et petite valise qui prend le métro est à l’hauteur de nos clichés; les panneaux lumineux d’Akihabara (la « ville éléctrique ») sont impressionants -surtout le soir-; les petits temples et sanctuaires cachés dans les quartiers plus traditionnels (mais pas seulement) sont des lieux magiques à découvrir. Les contrastes de Tokyo sont fascinants, presque incroyables. Je n’ai pas trouvé difficile de me déplacer dans la ville, c’est vrai que la foule est parfois déroutante et les stations souvent énormes, mais il suffit d’éviter les transports publics dans les heures de pointe. Dans chaque arrêt, il y a un plan en jaune avec la liste des sorties, pour choisir la bonne direction. Le métro ressemble à un quelconque métro de ville européenne, avec des lignes et des directions, la seule chose qui est compliquée est l’achat des tickets (on peut facilement éviter le problème en achetant une carte rechargeable ‘Pasmo’ ou ‘Suica’, mais je décris ici le système des tickets parce qu’il est marrant et d’ailleurs il est pareil dans toutes les villes que j’ai visitées au Japon) : sur un plan des lignes affiché dans chaque station, on repère la destination (dans certaines villes il n’y a pas toujours de translitteration en caractères latins des noms des arrêt, mais il y a des numéros des stations, comme par exemple « N12 », la lettre faisant référence à la ligne. Si il y a beaucoup de lignes comme à Tokyo, l’opération peut prendre un moment…) et on regarde le numéro écrit à côté : c’est la somme à payer pour s’y rendre. Il suffit de mettre de l’argent dans la machine et d’appuyer sur la touche avec le bon numéro. Si on se trompe, le ticket ne sera pas accepté à la sortie, mais il y a moyen de se rattraper : une autre machine (qui en anglais s’appelle « fare adjustement ») permet d’insérer le ticket et de payer la différence. Drôle, un système si alambiqué dans un Pays technologique comme le Japon, non?

Plan des lignes du métro de Tokyo

À Tokyo, j’ai aussi essayé de me familiariser un peu avec la vie des japonais, celle qui n’est pas décrite dans le Lonely Planet. C’est ainsi que j’ai remarqué (quelle observatrice!) qu’il ne faut pas donner l’argent directement au personnel dans les supermarchés et magasins (il y a toujours une petite assiette où le poser) et que, au Japon, les gens aiment bien te parler même s’ils savent que tu ne comprends rien à ce qu’ils disent. Par exemple.

À propos de parler, faut dire que la vie des japonais est très sonore, en général. Là-bas tout parle, y compris certaines toilettes publiques (aucune idée de ce qu’elles racontent, par contre), et pour souligner la différence avec les autres Pays le métro ne se limite pas à annoncer la prochaine station, mais tient un discours en deux langues completé de petites musiques pendant toute la durée du trajet. Les panneaux publicitaires dans les quartiers comme Akihabara sont aussi sonores et dans certains endroits, comme les salles de pachinko (billard vertical), le niveau audio est littéralement insupportable (voilà, j’ai aussi donné mon avis professionnel!). En plus, beaucoup de personnes ont toujours une toute petite sonnette sur eux, par exemple attachée au sac; on en trouve par exemple dans les temples avec les papier de la fortune qu’on peut acheter. Devant chaque sanctuaire, avec la boîte pour les offres, il y a aussi un gong : il faut sonner avant de prier, pour attirer l’attention des dieux. Dans les temples par contre il y a une cloche, et elle est souvent dans un petit bâtiment ouvert séparé des autres (comme celui de la photo)! De plus, les cloches japonaises n’ont pas de battant mais se sonnent avec un bâton externe, ce qui fait que pour les plus grandes il faut plusieurs personnes… Bon, je sais, assez parlé de cloches et sonnettes!!

Vu qu’on est en thème, j’en profite pour parler un peu de religion. Arrivée au Japon, j’ai réalisé avec perplexité qu’il y avait des temples et des sanctuaires à voir : c’est quoi la différence, au juste?? Prise de honte pour mon ignorance, j’ai commencé à chercher des informations dans mes guides et mon fidèle 1,5 kg de Fosco Maraini. Heureusement, le rapport avec la religion est plutôt relaxé (dans certains lieux religieux touristiques, il y a même des panneaux qui expliquent comment prier…) et au final, j’ai pu poser plein de questions aux personnes autour de moi : le petit vieux du ryokan, Emi -dont je vous parlerai plus tard-, Mayumi (un guide de Tokyo Free Guide) ainsi que les gens qui m’adressaient la parole un peu partout pour savoir d’où je venais, combien de temps j’allais passer au Japon et pourquoi je voyageais seule. Essentiellement, la plupart des japonais suit (aujourd’hui, comme pour d’autres religions j’imagine, certains ne le font que pour la forme) deux religions, qui vivent ensemble pacifiquement (comme pas mal d’autres choses apparemment inconciliables au Japon, d’ailleurs…) : le bouddhisme et le shintoïsme. Ce dernier est la religion qui est née et a grandi dans le Pays même, et aujourd’hui est associée à tout ce qui concerne les rites de la vie : donc les mariages, les naissances etc. Les sanctuaires au Japon sont tous shintoïstes et c’est ici que les personnes viennent pour célébrer ce genre d’événements et pour prier, par exemple, m’a dit Mayumi, « pour que ma fille ait bientôt un bébé et je puisse être une heureuse grand-mêre ». Les sanctuaires sont caractérisés (élément qui permet aux touristes comme moi de les distinguer des temples au premier regard, en cas de doute…) à l’entrée par des ‘torii’, des sortes de portails (comme celui de la photo) qui séparent l’enceinte sacrée. Les entrées des temples sont souvent plus élaborées. Le passage sous ces portails, ainsi que se laver les mains et la bouche à la fontaine qu’il y a toujours avant d’acceder aux bâtiments principaux des lieux de culte, sont des rites de purification qu’on observe avant de prier. Le shintoïsme a une grande quantité de divinités (kami). Les temples, par contre, sont bouddhistes et sont associés à « l’autre vie »; ici on vient pour se souvenir de ceux qu’on a perdus et justement, les cimetières sont toujours autour des temples. Le bouddhisme est arrivé au Japon depuis l’Inde, en passant par la Chine et la Corée.

À Tokyo j’ai aussi enfin rencontré ‘en vrai’ Emi, avec qui je fais une échange linguistique (français et anglais) par mail depuis bientôt deux ans. J’ai été tellement heureuse de pouvoir la connaître, nous avons passé des belles soirées ensemble et j’espère de tout coeur qu’on aura l’occasion de se revoir le plus tôt possible.

Après avoir passé 8 ou 9 jours dans cette folle capitale, j’ai fait l’expérience que tout voyageur du Japon attend avec curiosité : j’ai pris un train Shinkansen. Oui, oui, il va vite! Les oreilles en bourdonnent même. Je suis allée à Nagoya, ville notamment industrielle au sud-ouest de Tokyo. Ici je n’ai passé que deux jours, c’est le seul endroit que je n’ai pas particulièrement aimé pendant mon voyage, aussi à cause du ryokan où j’ai logé; qui était horrible (et sale, une chose très rare au Japon!). Cela dit, le passage par Nagoya m’a donné l’opportunité de visiter son château, le premier que j’ai vu au Japon, dont l’architecture m’a tellement impressionnée que j’ai pris des photos de la structure par tous les angles… En cherchant un internet point (avec la diffusion du wifi, ils sont de plus en plus rares), j’ai aussi fait l’expérience d’un manga kissa -endroit que j’ai bien aimé et où je suis rétournée par la suite dans pas mal d’endroits- pour la première fois. Il s’agit d’une sorte d’internet café ouvert 24h sur 24h, où on peut aussi passer la nuit dans des cabines avec ordinateur, lecteur dvd, etc. Le nom vient du fait qu’il y a une enorme quantité de manga à la disposition des clients, ainsi que boissons, snacks, couvertures et douches. Ce sont des endroits comfortables et…rassurants, même; on s’y sent bien.

Le titre : la phrase que j’ai choisi comme titre de cet article était ecrite sur une feuille en papier rajoutée à un tableau d’explications en japonais, au temple Tocho-ji de Fukuoka, le dernier que j’ai visité, qui contient la sculpture en bois du Bouddha assis la plus grande du Japon.