Le son des Comores

Digitisation of the National Sound Archives of the Union of Comoros, un projet de Iain Walker financé par la British Library dans le cadre d’un programme d’aide à la préservation des archives en danger dans le monde.

J’ai eu un peu par hasard la chance de participer à ce projet en tant que formatrice pour la partie ‘technique sonore’ de l’équipe locale qui a tout juste démarré le travail de numérisation des quelques 900 bandes magnétiques qui constituent actuellement les archives sonores nationales des Comores. Ces quatre Îles (dont une est un département français et trois forment l’Union des Comores), situées dans l’océan Indien entre le Madagascar et le Mozambique, donc au croisement de plusieurs cultures; ont une histoire de celles qui ne tiendraient pas facilement dans un banal résumé. Pourtant, il faut avouer que on n’en parle pas souvent ici en Europe, et elle demeurent un endroit bien peu connu de la plupart. Étant donné que je rêvais de pouvoir voyager en travaillant bien avant de décider ce que j’allais faire de ma vie, pour moi a été une grande occasion dont j’ai essayé de profiter au mieux.

Quoi s’attendre des Comores?!

Avec un collègue ingénieur des systèmes et Iain, qui est anthropologue basé à Oxford et initiateur du projet, nous avons donc passé deux semaines à Moroni (Grande Comore), avec le but d’aider l’équipe locale à démarrer le projet. De chaque côté, le travail de préparation avait commencé bien avant, de sorte que personnellement j’attendais ce moment depuis longtemps… Le matériel nécessaire à la numérisation et au stockage de l’archive numérique avait été préparé ici et envoyé par DHL et un inventaire préalable des bandes avait été effectué par des étudiants de l’Université de Moroni, guidés par Yakina; manager local du projet. De sorte que, une fois tout le monde sur place, l’installation et la mise en fonction du matériel et des espaces de travail ne nous a pris que quelques heures (alors que je craignais vraiment que quelque chose puisse ne pas marcher…).

Avant/après

La deuxième phase a été celle de formation « pure ». Pendant quatre jours, l’équipe du CNDRS (Centre national d’études et de recherche scientifique, qui abrite entre autres les archives nationales papier et audiovisuelles, dont les bandes magnétiques) ainsi que trois personnes provenant d’autres institutions ont suivi une formation sur l’utilisation du serveur, sur la banque de données (réalisée en temps record par Iain) et sur la numérisation des bandes. Pour des raisons politiques que je n’ai toujours pas bien saisi, nous avons souvent eu des problèmes de coupures d’électricité; mais malgré cela nous avons réussi à terminer les explications dans les temps prévus.

Niveau professionnel, pour moi ça a été une nouveauté; celle de former quelqu’un d’autre. Je n’ai pas vraiment la vocation… Je me sentais tellement la responsabilité de « bien expliquer » que j’ai stressé toute l’équipe pendant les deux semaines. Mais j’ai trouvé cela très formatif, surtout étant donné qu’il s’agissait d’un enseignement pratique : ça t’oblige à revoir ta façon de travailler, te demander pourquoi tu fais une chose d’une telle façon plutôt que d’une autre…Une expérience enrichissante. Je me suis aussi très bien trouvée avec l’équipe, ça n’a pas du tout été difficile de trouver des points de contact et de communiquer malgré le fait que nos repères soient évidemment très différentes.

La première bande numérisée, cataloguée et archivée

La deuxième partie des journées de travail a été dédiée au démarrage du projet proprement dit. L’équipe du CNDRS a donc commencé a cataloguer et numériser les bandes de l’archive, avec notre aide et petites corrections. De cette façon, il a été possible d’entamer une routine de travail significative (étant donné que quand nous sommes partis, une bonne vingtaine de bandes avait été traitée) et de répondre aux dernières questions et soucis sur le travail.

Voici deux extraits provenants des premières bandes numérisées. Merci aux archives sonores du CNDRS de Moroni pour ces examples :

Les toits de la Médina de Moroni.

Pendant tout le temps passé aux Comores, Iain et Yakina nous ont fait partager un peu de leur connaissance des lieux et des personnes – j’ai eu l’impression que je n’ai pas eu besoin de bouger un seul doigt; à chaque fois on avait des propositions de visites ou de sorties. Une façon très agréable de visiter des endroits nouveaux… c’est vraiment toute une autre chose quand lors d’un voyage on a l’occasion d’interagir avec des personnes qui habitent vraiment les lieux visités; elles t’expliquent un peu la vie quotidienne, les traditions, t’indiquent les lieux intéressants à voir…d’ailleurs toutes les personnes avec qui j’ai parlé plus ou moins longtemps ont été très ouvertes, gentilles et disponibles. À la différence du Kenya et du nord de l’Afrique (je n’ai pas visité d’autres pays africains pour l’instant), aux Comores on peut circuler en tant que mzungu sans être épuisé par toute sorte d’attentions. Iain nous a raconté plein d’histoires liées à la tradition du grand mariage (dont j’avoue que je n’avais jamais entendu parler avant de me rendre aux Comores) et se balader avec lui prenait toujours plus de temps que prévu, comme les gens l’arrêtaient dans la rue en le reconnaissant et nous disaient avec sérieux « lui, il est comorien ». Nous avons visité pas mal d’endroits et de villages de l’île, goûté aux fruits locaux (rien à voir avec les fruits soi-disant tropicaux qui arrivent parfois en Europe), écouté les légendes racontées par Yakina et nous nous sommes baladés dans les Médinas, le long des plages et dans les marchés (j’adore les marchés, avec toutes les marchandises dans des brouettes). Je me suis habituée à la couleur et à la forme du terrain volcanique, à la forêt de cocotiers et à la demi-lune horizontale. Dommage pour les déchets qu’envahissent souvent les villages et la (très belle!) nature de l’île; ça brise un peu le coeur. Le muezzin de 4 heures du matin a fait désespérer mon collègue Orlando, mais on s’habitue vite et au coucher du soleil; quand tout devient rouge et l’air est (enfin!) plus frais, c’est agréable et même un peu magique. Avec un effort vraiment minime en tant que visiteuse (genre ne pas se balader en minijupe même s’il fait chaud) le fait que le pays soit entièrement musulman ne pose pas de problèmes d’interaction avec les personnes. Niveau humain, j’ai appris (une fois de plus) qu’il me faudra encore pas mal de route avant de pouvoir voyager en laissant mes idées reçues à la maison…

Coucher du soleil sur la « grande plage » d’Itsandra (environ 4 km au nord de Moroni).