Quitter un pays adoptif

Une fois les contraintes scolaires terminées, j’ai entrepris de rentabiliser au maximum le temps qui me restait avant mon départ de Paris. Liste de choses à faire et des choses à voir (bien connaître la ville des lumières, c’est un sacré boulot!!), temps à passer avec les amis.

Je ne regrette pas mes choix; je crois juste de partir, au moins pour l’instant. Pourtant, en barrant petit à petit les lignes de mes listes, je réalise que celle que j’affronte maintenant est une séparation bien plus profonde que prévu.

Bizarrement, ce sont les formalités qui m’ont le plus ouvert les yeux sur les liens qui m’attachent à un pays que je n’aurais pourtant jamais songé à qualifier de mien. Lettre de démission, fermeture de comptes de banque, arrêt des allocations familiales, effacement d’un numéro fiscal et d’une inscription à la sécu. Même si écrit comme ça ça a l’air bien plus théâtral que dans mes sensations, j’ai réellement l’impression de clôturer toute une vie sans savoir si j’en aurais d’autre à m’attendre. J’ai débarqué il y a trois ans et demi dans une famille habitant la banlieue est de Paris en tant que fille au pair, et depuis tout est allé tellement vite, que ça en est tout à fait effrayant. Je pense que j’ai vraiment de la chance. Vivre à l’étranger, et pas juste au passage, avec tout le processus d’intégration que cela implique, a été l’entrée dans la vie d’adulte la plus enrichissante qui puisse exister. Je mentirais en disant que ça a été tout naturel; j’ai eu mon lot de difficultés sociales, de galères bureaucratiques, d’idée reçues écrasantes et d’envies de rentrer avec le premier avion. Mais cela perd d’importance et d’ampleur face aux personnes géniales que j’ai rencontrées, qui m’ont soutenue et aidée; au bonheur d’apprendre à maîtriser une langue étrangère; à la sensation exaltante d’être indépendante, de s’approprier une ville lointaine, d’avoir des amis alors qu’on a débarqué complètement seul. En ce moment, je me sens totalement partagée entre la peur de perdre tout ça et l’impatience de découvrir un futur encore en forme de point d’interrogation.