Souvenirs d’un road trip indien

Voici des souvenirs provenant d’un road trip post-bac daté de 2006 en Inde du nord. Je suis partie avec une copine, notre avion atterrissait à New Delhi et repartait un mois et demi plus tard de Calcutta. Entre les deux on n’avait vraiment rien préparé, on avait même très peu d’argent avec nous, notre objectif était visiter le pays de naissance de la petite sœur adoptive de mon amie de la façon la mieux intégrée possible. Cela a été un véritable choc de se confronter avec des modes de vie si différents des nôtres. J’ai beau m’affirmer ouverte d’esprit: la confrontation avec des mentalités radicalement différentes n’est jamais aisée. Au bout d’un moment, ma façon d’accepter ces difficultés a été de comprendre qu’elles sont signe d’un contact qui va au-delà de celui du simple touriste de passage: il n’y a que l’indifférent qui peut trouver tout simple.

Marché de bracelets à Jaipur

Pendant la première partie du voyage, on a visité la capitale New Delhi, la rose Jaipur et Agra, avec son fameux Taj Mahal. Pour trouver des logements, on s’est souvent basées sur les conseils donnés par le guide lonely planet, celui que personnellement je préfère. On s’est déplacées en voiture, en bus et en car et beaucoup à pied dans les villes mêmes…malgré la chaleur insupportable! C’était le mois de juillet, la chaleur et l’humidité sont très élevées dans le nord du pays. Au début on n’arrêtait pas d’engloutir de l’eau…on avait le ventre plein et toujours soif! Mais au bout d’un moment, le corps s’habitue et on a moins de difficultés.

La chose qui m’a le plus impressionnée à mon arrivée en Inde, ce sont les routes : incroyablement chaotiques (et pourtant, les accidents sont très rares!); avec piétons, bus, rickshaws, charrettes, voitures et vaches (et oui! Ce n’est pas une légende) qui se mêlent…traverser devient un art! Suite à la colonisation anglaise (l’Inde a acquis son indépendance en 1947), la circulation tient la gauche, mais ce n’est souvent que de la théorie…

Rue de Calcutta

Dès que les locaux repèrent des touristes (nous avons bien cherché de nous intégrer avec des vêtements adaptés, la peau blanche genre lait et les yeux bleu que nous avons toutes les deux nous ont trahies plutôt vite…!!!) c’est le grand assaut…ils essayent sans arrêt de vous vendre quelque chose, de vous parler « pour pratiquer l’anglais » et ensuite de vous amener dans des endroits « moins chers » (où il ont des commissions), de vous guider. Il faut vraiment apprendre à être ferme…gentil, mais ferme. C’est douloureux, au moins ça l’a été pour moi, de savoir que les personnes que cherchent de t’aider ont souvent un intérêt derrière la tête. Mais il faut comprendre que la pauvreté est très diffuse en Inde et que, selon eux, tous les occidentaux sont très riches (ce qui, d’un certain point de vue, n’est pas totalement faux!) Pour les filles ce n’est pas très facile, car (quand je l’ai lu dans les guides je n’y ai pas cru, sur place j’ai bien dû me rendre à l’évidence) dans la mentalité indienne les femmes occidentales sont souvent vues comme étant libertines et faciles. C’est peut être aussi la faute du comportement de certaines visiteuses, en tout cas là aussi, ferme et gentille est la devise qui marche le mieux sans causer d’offense! Ils tentent leur chance, disons! Niveau respect, même s’il fait très chaud, il est bien de porter une tenue correcte (épaules, jambes jusqu’au genou et décolleté couverts au moins), au final c’est nous les intrus!

Le jardin du Victoria Memorial

Le jardin du Victoria Memorial

Après un voyage exténuant (36 heures en train surpeuplé, dans une catégorie cataloguée de « pas pour les touristes ») et qui nous a quand même un peu effrayées (des militaires armées de fusils ont essayé de nous faire descendre, ensuite ont menacé tout le train de mort certaine s’ils ne laissaient pas « les touristes blanches » tranquilles…ou du moins, c’est la traduction qui nous a été ensuite faite par les 2 garçons que nous avons rencontré), nous sommes arrivées à Calcutta. C’est ici que nous avons passé la plus grande partie de notre séjour en Inde. La ville n’a pas vraiment d’attrait touristique, si on peut ainsi dire; mais beaucoup de jeunes européens y viennent pour travailler dans les maisons de Mother Theresa : une bonne occasion pour faire du bénévolat sans avoir besoin d’un diplôme précis. L’après midi ou le matin, on donne un coup de main aux personnes qui travaillent dans les différentes maisons (orphelinat, maison des femmes malades, …), en échange du petit-déjeuner (à 7 heures, très convivial) et d’une expérience vraiment spéciale. Mon amie et moi, nous avons travaillé à Prem Dam, la maison des femmes malades. Nous leur donnions le thé, puis on passait l’après-midi ensemble (certaines d’entre elles amaient bien nous entendre chanter) et avant de partir, on les aidait à prendre leur dîner. Les histories des habitantes de cette maison étaient terribles, de la jeune fille autiste abandonnée dans la poubelle, à la femme sauvée en extremis du feu mis par son mari « parce que elle ne peut pas avoir de fils garçon ». Quand on sortait de Prem Dam, pourtant sans rien avoir fait de physiquement fatiguant, on se sentait épuisé. Mais, au bout de quelques jours, quand les femmes malades commencent à te reconnaître et à demander des chansons, et les infirmières à te faire confiance; cela en vaut vraiment la peine, on a la sensation de les aider réellement, même si juste un tout petit peu.