Marco

Deuxième extrait de mémoire, le témoignage de Marco.

Marco est devenu aveugle à l’âge de quarante ans. Il propose des rencontres et des activités dans les écoles du Tessin afin de sensibiliser les élèves au quotidien des personnes atteintes de déficience visuelle.

Note : ce témoignage a été traduit de l’italien.

«Je suis marié et père de six enfants, et je suis devenu aveugle à l’âge de quarante ans. Au début, ça n’a pas été simple pour moi d’accepter la situation. L’aide de la famille et des amis est très important, mais finalement c’est la personne handicapée qui doit trouver sa propre façon de vivre heureux. Avec mes leçons de sensibilisation dans les écoles, j’essaie de faire comprendre que nous ne sommes pas différents des autres; nous avons des nécessités et des problèmes, mais aussi beaucoup de joies.

Après avoir perdu la vue, j’ai dû utiliser l’ouïe avec beaucoup d’attention. Il s’agit d’une réelle redécouverte des sens, qui invitent à apprendre à voir dans le noir. Les ténèbres révèlent des sons et des sensations tactiles avec une intensité toute nouvelle, et la personne aveugle peut devenir expérimentée dans l’utilisation des potentialités perceptives que chacun de nous possède, mais desquelles on se sert rarement.

Pour me déplacer avec les transports publics ou à pied j’ai dû développer mes capacités auditives, à travers lesquelles j’organise toute ma mobilité. Les personnes voyantes peuvent nous aider de différentes façons, par exemple simplement à traverser la rue. Pour nous c’est une grande aide, car cela nous permet de nous relaxer mentalement pendant un moment : autrement, nous restons concentrés presque la totalité de la journée. Je pense que savoir guider une personne aveugle, ça se traduit en un enrichissement pour les deux parties. Voir le monde et les problèmes quotidiens avec d’autres yeux est une bonne façon de réfléchir sur les valeurs de la vie.

Quand je me trouve dans le trafic urbain, je peux le comprendre et deviner les distances à travers les différents bruits. J’ai beaucoup plus de mal quand il y a du vent, et il est toujours difficile de pressentir l’arrivée d’un vélo qui approche.

Pour ce qui en est de la communication verbale, je mémorise les physionomies des personnes grâce à leur voix, car chacun s’exprime de façon très différente. Si elle parle, je peux par exemple connaître la taille d’une personne qui est en face de moi. La communication vocale doit se moduler sur des nouveaux registres et les points de repère changent: dire ‘je suis là’ à un aveugle n’a pas tellement de sens, et les objets se décrivent par leur surface lisse ou rugueuse, poids, volume.

Pour les aveugles, la révolution informatique a signifié accès à la culture, et on peut donc considérer que nous avons de la chance à vivre dans notre temps et en Europe : la situation n’est évidemment pas la même partout et être déficient visuel peut s’avérer bien plus difficile dans un autre endroit. En particulier, une opportunité importante mise en place par l’UNITAS au Tessin est celle de pouvoir lire en audio les quotidiens, depuis chez soi; à travers un système nommé kiosque électronique. Pour moi, c’est une fenêtre sur le monde.»