Un film en audiodescription

Cet article est le premier d’une série d’extraits de mon mémoire de fin d’études, dédié au rapport au son des personnes aveugles et malvoyantes. L’audiodescription est une technique qui permet aux personnes déficientes visuelles de découvrir des programmes audiovisuels grâce à un texte en voix-off, qui décrit les éléments visuels de l’oeuvre.

J’ai eu l’occasion d’assister à la projection du film ‘Micmacs à tire-larigot’ de Jean-Pierre Jeunet en audiodescription lors d’une journée spéciale organisée par l’Association Valentin Haüy et consacrée aux vingt ans de cette technique. Le film a été projeté au cinéma L’Arlequin de Paris, dans une salle bien remplie de personnes aveugles de toutes âges, parfois accompagnées d’un ami ou de leur chien-guide. Avant le film, l’Association a présenté un bref documentaire réalisé sous forme de micro-trottoir, où la question ‘les aveugles vont-ils au cinéma?’ était posée à plusieurs passants. Les réponses ont mis en évidence la méconnaissance de l’audiodescription et de la vie quotidienne des non-voyants de la part du public. Un des interrogé a même confondu la cécité avec la surdité…Heureusement, cet épisode a été accueilli avec hilarité par les présents. A l’entrée, il nous avait été distribué un casque HF muni d’un bouton pour le réglage du volume (le personnel du cinéma se chargeait aussi de montrer par le toucher ce dernier). Le film était en effet projeté normalement et le son original diffusé à travers le système de la salle comme d’habitude. La description audio, par contre, était diffusée dans les casques, ce qui nous portait à avoir deux sources sonores indépendantes à suivre. Pour comprendre au mieux possible ce que cette technique apporte, j’avais une bande avec moi pour me couvrir les yeux et m’obliger à écouter le film et sa description sans apport visuel. J’ai trouvé l’exercice extrêmement difficile. J’avais du mal à reconnaître les personnages à travers leur voix assez rapidement pour donner du sens à leurs répliques, et à jongler entre la description (présente entre les dialogues) et le son du film. En fonction de ce dernier, d’ailleurs, il fallait souvent réajuster le niveau des casques. Je crois qu’en grande partie, mon incapacité à suivre le déroulement du film était dû au manque d’entrainement de mon oreille et au français très rapide et spécifique des descriptions; trop compliqué pour mes connaissances de la langue. De plus, les réalisations de Jeunet ayant un aspect visuel énorme, il ne s’agissait sûrement pas du film le plus simple pour s’initier à l’audiodescription. Malgré tout cela, je me suis demandée s’il ne serait pas plus agréable de fournir un système d’audiodescription diffusé dans la même source que le son du film et un minimum mixé avec celui-ci, au moins lors des projections dédiées comme celle à laquelle j’ai assisté [ce problème ne concerne pas l’audiodescription sur DVD ou à la télévision]. J’ai aussi trouvé la place réservée aux descriptions un peu exagérée; certaines entrant tellement dans le détail que cela ne rajoutait rien à la compréhension du film mais risquait au contraire de l’envahir. Mais je pense que cela dépend des des gouts de l’audiodéscripteurs et des spectateurs et aussi du genre de film qui est projeté. Pour conclure, j’ai posé quelques questions aux personnes autour de moi pour savoir si le système d’audiovision leur convenait. Une femme âgée m’a répondu que l’audiodescription est un art exclusivement dédié aux non- et malvoyants et que de conséquence, elle aimait a priori regarder les films de cette façon et appréciait souvent les performances des descripteurs. Un homme d’environ quarante ans, qui était accompagné d’une amie voyante, m’a dit préférer voir les films en version classique et se faire expliquer les passages trop silencieux par son amie. Parfois, il se rend même à des séances en VO, ‘pour le plaisir d’entendre la vraie voix des acteurs’, et se fait lire les sous-titres ou écoute simplement le son de la langue. Avant de me dire au revoir, il m’a précisé que cela ne l’empêche pas d’apprécier le travail fait pour réaliser les audiodescription, technique qu’il privilégie pour voir des films avec un groupe d’amis non-voyants.