L’escalier mécanique


L’autre jour, en sortant de l’arrêt du métro, j’ai emprunté le long escalier mécanique qui mène à la sortie en rêvassant, comme m’arrive souvent. Devant moi, une dame, la quarantaine environ; et personne d’autre sur l’escalier. Elle remonte deux ou trois marches et moi, de façon automatique, aussi. Je reste derrière elle, qui, très soudainement, se retourne et m’agresse avec un « pourquoi tu me suives toi? Qu’est ce que tu crois faire? Allez, passes avant, dégages, restes pas là! » Stupéfaite, je murmure un «pardon» et remonte le reste de l’escalier rapidement, sans me retourner et les larmes aux yeux, même… Plus tard, je me suis demandée pourquoi je ne lui avait simplement pas répondu…mais d’où sort toute cette agressivité gratuite? De quoi sont constituées nos peurs et les images que nous avons des autres?

Cela fait maintenant trois ans, tout juste, que je vis à Paris qui, autant l’admettre, ne ressemble en rien au à-peine-plus-d’un-village du sud de la Suisse où j’ai grandi. Depuis que j’ai débarqué dans cette ville douce-amère, tout ce que j’ai vécu, positif ou non, a été très intense (et parfois, curieusement ressemblant au scénario d’un film de série B), de la solitude lourde d’expatriée aux journées délurées que seulement une classe de quarante garçons pouvait me faire vivre. Pourtant, c’est cet épisode tout somme très banal qui m’a décidée à commencer à écrire. Voici mon regard, à la fois banal et à l’esprit un peu aventurier, sur ce qui m’entoure. On verra où il me portera, cet escalier mécanique…